SPORT ET  TROUBLES DIGESTIFS
Une situation de stress (un effort physique dans le cas présent) stimule le Système Nerveux Sympathique (SNS), partie intégrante du système nerveux autonome (aussi appelé système nerveux neuro-végétatif ou système nerveux viscéral). Ce dernier est responsable des fonctions automatiques de l’organisme, à savoir, celles non soumises au contrôle volontaire (myocarde, muscles lisses digestifs et vasculaires, certaines glandes endocrines, la majorité des glandes exocrines comme celles de la digestion et de la sudation…).
Le SNS va agir sur les cellules cibles par l’intermédiaire des neurotransmetteurs catécholamines (la noradrénaline principalement), provoquant divers processus physiologiques dans notre organisme : dilatation des pupilles, augmentation du rythme cardiaque (tachycardie) et de la pression artérielle, vasoconstriction périphérique (provoquant une pâleur), augmentation du diamètre des bronches (bronchodilatation), sudation accrue (car stimulation des glandes sudoripares), relaxation de la vessie, libération de glucose hépatique, et enfin, une inhibition des mouvement intestinaux (péristaltisme). C’est bien évidemment ce dernier point qui nous intéresse ici, le ralentissement du péristaltisme.

Les Troubles Gastriques
La progression du bol alimentaire s’effectue en plusieurs étapes (pharynx, œsophage, estomac, intestin grêle, gros intestin, et enfin rectum), et fait notamment intervenir bon nombre de muscles lisses. Un mouvement de stress intervenant alors que l’estomac est encore plein, va fortement perturber l’étape digestive gastrique : le brassage du bol alimentaire stomacal, assuré par des muscles lissent, va être inhibé, et le sphincter pylorique (ou pylore) va rester contracté freinant alors le déversement du chyme dans le duodénum (première partie de l’intestin grêle). Ainsi, le SNS, en prenant le dessus sur le système nerveux para-sympathique (qui lui active la mobilité du pylore), engendre une plus longue conservation des aliments et du chyme au niveau de l’estomac, ce qui provoque des nausées lors d’une activité physique, voire des vomissements.
Mais cela peut également engendrer des remontées acides (reflux gastro-œsophagiens). Les glandes stomacales (situées au niveau des cellules épithéliales) sécrètent du bicarbonate afin d’alcaliser la solution acide du chyme, avant que ce dernier ne soit libéré dans l’intestin (où son alcalisation se poursuit). Mais l’étape gastrique étant ralentie par le stress de l’effort physique, la sécrétion de bicarbonate s’en trouvera retardée, et insuffisante vis-à-vis du chyme s’accumulant. L’acidité (l’acide chlorhydrique en l’occurrence) perdurera ainsi plus longtemps dans l’estomac, et des reflux gastro-œsophagiens pourront alors intervenir (les parois stomacales étant elles mieux protégées grâce au mucus sécrété par les cellules épithéliales de l’estomac).

Lecture Conseillée
Edition spéciale de "Musclemag" (reprise par "Bodyfitness") parue en 1997 pour les 50 ans d’A. Schwarzenegger. Une vraie pépite ! Près de 200 pages consacrées à une description détaillée faite par Arnold lui-même sur ses méthodes et astuces d’entrainement.
Les Troubles Intestinaux
L’activité physique détourne naturellement le flux sanguin vers les muscles afin qu’ils soient suffisamment alimentés en oxygène et glucose. Ce détournement se produit notamment au détriment du système digestif, qui peut ainsi perdre jusqu’à 80 % de son irrigation sanguine. Il en résulte l’assèchement de son réseau capillaire, ce qui diminue le drainage de l’acidité intestinale (l’estomac est également touché). Cette chute du pH entraîne à son tour un moindre afflux sanguin. Agressée par cette acidité, la muqueuse se lésionne, des micronécroses peuvent même être occasionnées. En conséquence, la fonctionnalité de la muqueuse intestinale s’en trouve fortement altérée, provoquant notamment de la déshydratation et des diarrhées dues à une absorption hydrique désormais limitée (l’assimilation des nutriments sera également plus difficile). Dans une moindre mesure, la déshydratation peut également être due à une présence trop importante de nourriture dans l’estomac, car les nutriments s’imprègnent d’eau et agissent ainsi comme une éponge.
A noter que la fragilisation des muqueuses est accentuée par la pratique d’une activité physique durant laquelle l’organisme reçoit des chocs répétés (par exemple, les vibrations engendrées par la course à pieds).

Sachez que ces troubles gastriques et intestinaux peuvent perdurer après l’entraînement. Dès la fin des efforts physiques, le flux sanguin ré-augmente assez brutalement dans l’appareil digestif, accentuant les lésions fraichement constituées, ce qui s’accompagne parfois de micro-hémorragies digestives. Les intestins étant particulièrement visés par cette problématique, la récupération post-training en sera négativement impactée : les nutriments et l’eau ne pouvant être suffisamment pris en charge et assimilés par l’épithélium intestinal, l’organisme viendra à en manquer, ce qui freinera la récupération. Une déshydratation persistante favorise par ailleurs l’hyperthermie, elle-même perturbant à son tour la digestion.
Que faire pour éviter ou limiter ces désagréments ?
- Il n’est d’abord pas conseillé de faire du sport le ventre plein, ou tout du moins de respecter un délai d’une heure avant de produire des efforts, mais à une condition : si l’avantage d’observer d’un délai de digestion aussi court permet d’éviter une éventuelle carence énergétique durant l’entraînement, ce repas pré-training devra en revanche être modéré et constitué d’aliments rapidement digérables, à savoir des glucides simples (type glucose) et des protéines rapidement assimilables (type Whey), les lipides étant eux à éviter. En respectant ces règles, la digestion stomacale et la vidange gastrique seront brèves, la fermeture du pylore engendrée par les efforts n’entraînera donc pas de désordres gastriques. De plus, l’assimilation intestinale sera moins contraignante, et plus rapide.

- Evitez la pratique sportive par température extérieure trop élevée : la déshydratation sera plus rapide, et l’hyperthermie plus importante.

- D’ailleurs, pensez toujours à bien vous hydrater durant l’effort (pas de boissons trop froides, elles perturbent la digestion).

- Evitez les apports trop sucrés, ils peuvent parfois provoquer des diarrhées osmotiques (l’eau étant moins assimilée par l’organisme afin de conserver l’osmolarité intestinale).

- Evitez les situations de stress.

- Observez des horaires alimentaires réguliers, le système digestif s’y habituera et s’en accommodera donc mieux.

- Mastiquez bien vos aliments : un broyage efficace, ainsi qu’une sécrétion d’amylase salivaire plus abondante, agressera moins l’œsophage et accélèrera la vidange gastrique.