LES  PROTEINES

Les Conséquences du Désentrainement
Lecture Conseillée
L’arrêt prolongé d’une activité physique réduit considérablement l’activité des cellules satellites, car les myocytes subiront moins de dommages structuraux via les contraintes mécaniques liées aux efforts physiques. L’hyperplasie marque donc un coup d’arrêt. Par ailleurs, le taux de remplacement des acteurs protéiques intramusculaires devient négatif, c'est-à-dire que lorsqu’ils arrivent en fin de vie, les composants protéiques sont remplacés dans des quantités inférieures. Ceci est dû au fait que le myocyte n’a plus besoin d’autant de "personnel" pour assurer son activité journalière. Les acides aminés seront donc moins utilisés, et la protéosynthèse sera moins activée.  
Etant donné qu’un myocyte comporte un grand nombre d’éléments protéiques (enzymes, myofibrilles, hémoglobines, mitochondries, transporteurs membranaires, ramifications capillaires…) il est aisé de comprendre qu’une baisse quantitative de ces derniers engendrera une réduction du volume musculaire. Mais ces éléments n’ont pas tous un cycle de vie identique, leur concentration respective ne baissera donc pas au même rythme :

Edition spéciale de "Musclemag" (reprise par "Bodyfitness") parue en 1997 pour les 50 ans d’A. Schwarzenegger. Une vraie pépite ! Près de 200 pages consacrées à une description détaillée faite par Arnold lui-même sur ses méthodes et astuces d’entrainement.
- Au niveau des membranes, le désentraînement fait baisser le nombre de GLUT 4 et de récepteurs insuliniques, et il réduit la capilarisation de 7 % en 3 semaines. Les plaques motrices étant moins sollicitées, leur structure neuronale perd en qualité, rendant la réponse au stimulus moins vivace et moins coordonnée.

- Dans le cytoplasme, le stockage de Créatine Phosphate et de créatine libre diminue de 30 % en 3 mois.

- Le nombre d’enzyme LDH va diminuer, faisant par conséquence baisser la capacité d’une cellule musculaire à réutiliser ses propres lactates : moins nombreuses, les LDH vont davantage se concentrer sur la transformation du pyruvate en lactate, plutôt que l’inverse. Pour le coup, la lactatémie sanguine augmentera plus facilement.

- Le nombre de mitochondries va également diminuer. Alors qu’il faut 3 à 5 mois pour doubler ses concentrations mitochondriales, ces dernières peuvent diminuer de 50 % suite à un désentraînement d’un mois, puis elles retourneront à un niveau basal en 4-5 mois si le désentraînement se poursuit. Le nombre d’enzymes mitochondriales baissera donc lui aussi, si bien qu’au bout de 3 semaines de désentraînement, la capacité des myocytes à synthétiser de l’ATP sera réduite d’environ 30 %.

- Si les enzymes assurant la glycolyse sont peu touchées par la déplétion enzymatique, ce n’est pas le cas des enzymes oxydatives : au bout de 6 semaines de désentraînement, la concentration enzymatique de succinate déshydrogénase, et de cytochrome oxydase, baisse de 20 % pour la première et de 45 % pour la deuxième. Toutes deux peuvent même baisser de 40 % à 60 % en seulement 2 semaines, lors d’une immobilisation totale (port d’un plâtre par exemple).

- Les myofibrilles ont un cycle de vie assez long, et surtout, elles restent relativement sollicitées dans la vie de tous les jours (à des intensités certes moindres que lors d’un entraînement). Ces deux avantages garantissent aux myofibrilles une protéosynthèse suffisamment animée, leur permettant ainsi d’éviter une perte rapide de leurs éléments contractiles (actine, myosine, titine).

- Un dernier mot pour parler des concentrations de glycogène, car même s’il ne s’agit pas là d’un élément protéique, le glycogène participe grandement au volume musculaire. C’est durant les deux premières semaines de désentraînement que les concentrations glycogéniques musculaires baissent le plus rapidement : un muscle ayant était surcompensé de 85 % ne le sera plus que de 35 % après 2 semaines de désentraînement total. Les concentrations glycogéniques musculaires redescendront à leur niveau basal après deux mois d’arrêt total.

Quelles sont les conséquences de tout cela ?
Au bout de 4 semaines de désentraînement total, la puissance baissera en moyenne de 10 %, la force diminuera de 15 à 20 %, et l’endurance musculaire chutera de 30 à 40 % (alors que la VO2max ne baissera en moyenne que de 10-15 %). Tout ceci nous indique que les gains anaérobiques perdurent plus longtemps que les gains aérobiques. Par ailleurs, durant une phase d’arrêt prolongée, il se produit une bascule capacitaire des fibres intermédiaires (2A) : un athlète pratiquant l’endurance verra une partie de ses fibres 2A, devenues lentes, perdre de leur capacité aérobie afin de rehausser leur propre potentiel anaérobie. L’inverse se produit chez un athlète qui pratique l’entraînement de force ou de résistance. Ce phénomène de bascule se met en marche naturellement afin de rééquilibrer les capacités musculaires du corps.

Du côté du volume musculaire, plus celui-ci fût le fruit d’un entraînement basé sur des intensités d’efforts anaérobiques basses et aérobiques élevées, plus l’atrophie sera importante. En effet, capilarisation, myoglobines, mitochondries, et glycogène (dont 1 gr moléculaire fixe 3 gr d’eau) sont des composants diminuant rapidement en nombre lors du désentraînement, alors que les myofibrilles perdurent longtemps.

C’est pour cette raison que les culturistes doivent principalement (mais pas exclusivement) s’entraîner à une intensité d’effort ciblant la croissance de la masse musculaire (hyperplasie myofibrillaire) plutôt que la croissance du volume glycogénique (hypertrophie glycogénique), ceci leur permettra de conserver une part importante de leur volume musculaire lors d’un arrêt ou d’une sèche.
Outre le fait qu’une base musculaire soit davantage le fruit d’un développement myofibrillaire plutôt que d’un stockage glycogénique, l’importance d’une fonte musculaire lors d’une période de désentraînement dépendra également du quotidien activité/sédentarité, et de l’alimentation suivie.

Quant aux coureurs de fond et de demi-fond, ils cultivent principalement leurs fibres lentes (1), et orientent leurs fibres intermédiaires (2A) vers un type 1. Ces sportifs ne possèdent que peu de masse myofibrillaire, et leur concentration glycogénique musculaire ne s’avère également pas très importante. Ceci explique pourquoi leur volume musculaire se développe peu malgré les entraînements répétés, et donc pourquoi ce dernier ne diminuera quasiment pas lors d’une période de désentraînement (contrairement à leurs capacités aérobiques).